Livre 1 · Partie 1 · Chapitre 7

Sur le seuil

Le ragoût du soir fumait encore lorsque Maeril débarrassa un coin de sa table.

Elle y entassait des années de notes : reçus tachés de graisse, bouts de papier glissés sous des bocaux, noms à moitié écrits, heures et itinéraires griffonnés à la hâte sur le Pont de la Vouivre. À côté de certains mots — affamé, disparu, malade, revenu — de petits traits s’alignaient.

Maeril avait gardé tout cela pour elle. Prises isolément, ses notes n’auraient guère formé qu’un amas incohérent, fruit de cette manie qu’ont les magiciens de remarquer ce que les autres préfèrent ignorer.

Mises bout à bout, elles révélaient une certaine cohérence.

À présent, Rishi la voyait lui aussi.

De nouvelles pages continuaient d’apparaître sous les bols, près des bocaux, entre les sachets d’herbes séchées. Quand une idée lui venait, Maeril la griffonnait au dos d’un morceau de papier, tout en servant des ouvriers et des enfants affamés.

Ces notes, désormais, n’étaient plus à elle seule.

Les dix jours qui suivirent ne suffirent pas à en faire un livre. Du moins, pas tout de suite.

Distinguer cette cohérence était une chose. Trouver comment la rendre dans un livre en était une autre.

Pour leur première tentative, ils préparèrent du thé, ouvrirent un cahier vierge et débattirent.

« Les remparts, dit Rishi.

— Non. »

Maeril ne releva les yeux que le temps de souffler sur le fusain qu’elle venait de tailler.

« Non ?

— Non. La ville ne commence pas aux remparts. »

Elle ne cherchait pas à le contredire. Elle le corrigeait, avec la tranquille certitude de quelqu’un qui avait depuis longtemps réglé la question.

« Ils en marquent pourtant la limite officielle.

— Les riches désignent les remparts lorsqu’ils veulent prétendre que tout ce qui vit au-delà ne les concerne plus. »

Derrière son tabouret, sa queue fouetta l’air une fois.

Rishi demeura assis face à elle, dans la hutte sans porte, les mains refermées autour d’une tasse tiède. Le feu couvait dans l’âtre.

Il regarda les lanières de cuir et les rangées de perles qui fermaient l’entrée, puis revint au cahier.

« Alors, les remparts ne sont pas le bon point de départ.

— Non. »

Cette fois, la queue de Maeril s’immobilisa.

Entre eux, la page restait blanche.

« Où commence-t-elle, alors ? »

Maeril se pencha sur le cahier. D’un premier cercle, elle enferma la Cité haute. Un deuxième trait, plus large et moins régulier, engloba la Cité basse. Puis son fusain franchit le Pont de la Vouivre, passa parmi les masures et les étals du bord de route, et s’aventura jusque sur les terres ingrates où les gens bâtissaient parce que la ville ne leur avait laissé aucune autre place.

« Ici, dit-elle. Là où tout le monde fait comme si la terre et ceux qui y vivent étaient déjà perdus. »

Rishi suivit le mouvement du fusain.

Maeril tapota le bord du dessin.

« Mon pont. »

Puis l’anneau du milieu.

« La Halle des Lanternes. »

Enfin, son doigt se posa à l’endroit où les deux se rejoignaient sur la page. « Les lieux que tout le monde utilise mais dont personne ne se soucie. »

Rishi répéta silencieusement la formule.

Les portes. Les ruelles. Les ponts. Les lits où l’on avait passé une seule nuit de fièvre et dont on se souvenait des années durant. Tous ces recoins où la cruauté de la ville s’accumulait parce qu’aucune autorité ne voulait en répondre.

Il saisit le fusain sans effleurer les doigts de Maeril. La prudence de son geste le surprit. Il décida de ne pas s’y attarder.

Il relia la Halle au pont, puis ajouta d’autres traits, plus courts, dans l’espace qui les séparait.

« Alors, le livre décrira les endroits où les gens subissent la ville avant qu’elle accepte de les compter parmi les siens. »

Le regard de Maeril s’éclaira. « Ça. Écris-le. »

Il lui lança un regard.

Elle sourit.

« Toi, tu rends les choses compréhensibles. Moi, je m’assure qu’on n’oublie pas la couleur de leurs bottes.

— C’est important ?

— Les bottes disent qui avait de quoi traverser la boue sans marcher pieds nus. »

Il soutint son regard un instant.

Puis il écrivit.


Après cela, le travail ne les quitta plus.

Sur le pont, Maeril maniait la louche d’une main et le fusain de l’autre. Elle relevait qui arrivait le ventre vide, qui cessait soudain de venir, et devant quels uniformes la foule s’écartait avant même qu’un ordre fût donné. Elle consignait la pluie, les colères, les planches descellées et les enfants qui volaient du pain, s’attardaient près du feu ou ne volaient rien parce que quelqu’un les avait nourris à temps.

À la Halle, Rishi observa ce qui revenait, jour après jour, avec la même patience méthodique qu’il accordait à une plaie.

Il releva les entailles des ouvriers qui continuaient de travailler malgré le sang, les côtes fêlées au sortir des tavernes et les fièvres qui passaient d’un lit à l’autre dans les pensions surpeuplées.

Il avait toujours remarqué ces choses. Sans cette vigilance, il n’aurait pas tenu longtemps à la Halle. Mais jusque-là, tout s’était accumulé dans son corps.

Désormais, il les consignait.

L’ivrogne de la taverne devint : homme blessé, ivre et violent ; malheureuse suite d’événements mêlant douleur, alcool, chien agressif, rue étroite et arbalète.

Rook devint : garçon sous la coupe de la Guilde ; presque tué pour avoir volé moins qu’un repas ; retourné ensuite à la Guilde de son plein gré, faute d’un meilleur choix.

Rishi s’arrêta plus longtemps sur cette ligne que sur les autres.

Puis il raya sous la coupe de la Guilde et écrivit à la place :

affamé.

Le reste de la phrase lui parut ensuite plus juste.

Maeril envahissait les marges de remarques, de corrections, de plans sommaires et d’un dessin particulièrement peu flatteur d’un casque du Poing enflammé.

Elle notait les odeurs et le temps. Lui, les causes et leurs conséquences.

Certains soirs, ils discutaient et laissaient le thé refroidir.

Rishi insista : « Les chiffres comptent. Pour que les érudits de Château-Suif comprennent l’ampleur du problème, il faut leur montrer que ce ne sont pas des cas isolés.

— Il faut aussi qu’ils sentent l’odeur des égouts au printemps, répliqua Maeril. Sinon, ils liront “eaux croupies” et croiront que notre encre a tourné.

— Une page n’aura jamais cette odeur.

— Alors, j’écrirai assez bien pour qu’ils la sentent tout de même. »

Il la regarda.

Elle lui adressa un large sourire.

Le livre contiendrait les deux.

Un tableau des traversées selon l’heure et la saison. Un paragraphe sur les pieds nus glacés par les planches mouillées. Une note consacrée aux défaillances des canalisations. Et, de la main de Maeril, une phrase sur cette ville qui déversait ses immondices en contrebas avant de s’étonner que les pauvres aient appris à nager dedans.

Rishi la relut deux fois.

« J’en fais trop ? demanda-t-elle.

— Non. C’est exact. »


Le troisième soir, Elisa finit par parler.

Après une journée éprouvante, le calme était revenu dans la Halle des Lanternes. Toutes les couchettes étaient occupées, les bols avaient été lavés, et la petite flamme de l’autel brûlait sans vaciller.

Rishi travaillait à la table du fond. Des feuilles étaient étalées devant lui ; tout près, une bougie achevait de brûler. Ses mains étaient tachées d’encre.

L’encre l’avait trahi.

Le sang, la suie, les onguents, la boue du fleuve : Elisa avait l’habitude de les voir sur lui.

Elle s’arrêta dans l’embrasure de l’infirmerie et l’observa assez longtemps pour qu’il sente son regard depuis l’autre bout de la salle.

« Tu écris un sermon ? demanda-t-elle.

— Non.

— Une confession ? »

La main de Rishi s’immobilisa.

« Non. »

Elisa traversa la pièce pieds nus, sans un bruit sur les planches. Elle baissa les yeux vers les feuilles, mais ne se pencha pas pour les lire.

« Qu’est-ce que c’est, alors ?

— Des observations.

— À propos de quoi ? »

Il aurait dû pouvoir répondre sans hésiter. La Halle. Le pont. Les blessures. L’eau. La faim. Les seuils. La Porte de Baldur, où les mêmes plaies se rouvraient sans cesse et où l’on persistait à parler d’accidents.

« La miséricorde », dit-il.

Elisa le considéra en silence.

Son regard revint aux feuilles : des colonnes, des itinéraires, des noms inachevés ; dans les marges, l’écriture foisonnante de Maeril empiétait sur les lignes soigneusement tracées par Rishi.

Elisa resta impassible.

« D’habitude, quand tu prends soin des autres, tu es debout.

— J’apprends à le faire autrement.

— Avec de l’encre ?

— Oui.

— Bien. »

Elle posa un doigt au bord de la table, toujours sans chercher à lire.

« L’encre peut aller là où tes mains n’atteindront jamais. »

Rishi leva les yeux.

Elisa soutint son regard. Son visage avait gardé sa douceur, sans rien perdre de sa gravité.

« Mais elle trace aussi une nouvelle route. »

Ces mots l’atteignirent plus sûrement qu’un reproche.

Rishi baissa les yeux vers les feuilles.

Il vit le trait qui reliait la Halle des Lanternes au Pont de la Vouivre. Puis il en imagina un autre qui se prolongeait vers le sud, le long de la route de la Côte, jusqu’à la forteresse de livres dressée au-dessus de la mer.

Elisa reprit, toujours aussi doucement : « Qui t’apprend cette nouvelle manière ? »

Rishi déposa le fusain avec précaution.

« Maeril.

— La Sorcière verte.

— Oui.

— Celle qui a un faucon.

— Oui.

— Celle dont le message t’a fait quitter la Halle avec ta cape à l’envers, il y a trois nuits. »

Il ferma les yeux.

« Elle n’était pas à l’envers.

— Elle était de travers. »

Malgré lui, Rishi laissa échapper un souffle qui ressemblait presque à un rire.

Elisa ne rit pas avec lui.

« Dans ta tête, la route est déjà tracée, dit-elle. Ne prétends pas qu’il ne s’agit que d’un livre.

— Je ne sais pas encore où elle conduit.

— Peut-être. Mais tu as déjà posé le pied dessus. »

Il n’avait rien à répondre à cela.

Elisa posa une main sur la chaise la plus proche sans s’asseoir. Ses doigts se resserrèrent sur le dossier. Elle ne lui parlait ni en tant que prêtresse ni en tant que supérieure.

« Alors, ne disparais pas avant de m’en avoir parlé. »

Rishi releva la tête.

« Je t’en parlerai si je pars. »

Il le pensait sincèrement. Cela ne rendrait pas les choses plus simples s’il devait partir.

Elisa hocha la tête.

« Bien. Parce que j’ai vu trop de gens s’en aller peu à peu sans avoir encore franchi la porte. »

Puis elle le laissa seul avec la bougie, les feuilles et cette route qu’il n’avait pas encore nommée à voix haute.


De jour en jour, le cahier s’alourdissait.

Les pages s’y accumulaient, bien sûr. Mais certaines réalités pesaient davantage une fois couchées sur le papier.

Au sixième jour, le cahier portait déjà les traces de leurs journées. Une tache de ragoût assombrissait un coin de la couverture. Près d’une note sur les blessures par arme blanche, une empreinte de pouce, brunie par le sang séché, marquait le papier.

Ils travaillaient à l’étal quand l’activité du pont le permettait, et dans la hutte lorsque le temps se gâtait.

Un jour, au milieu d’un passage consacré aux refuges et à la charité des temples, Maeril s’interrompit. Le fusain resta suspendu au-dessus de la page.

« Les lits d’abord », murmura-t-elle.

Rishi regarda la phrase inachevée.

« Oui. »

Elle n’ajouta rien. Ils n’en avaient pas besoin.

Plus tard, à la table de Maeril, elle lui lut un passage tandis qu’il préparait du thé.

« “Dans les trois secteurs, de modestes mesures préventives ont davantage réduit la récurrence des violences que le recours à la force punitive.” »

Elle leva les yeux.

« Tu écris comme un magistrat qui n’a pas dormi depuis une semaine. »

Rishi lui prit la feuille, relut la phrase et en raya la moitié.

« Qu’écrirais-tu ? »

Maeril se pencha par-dessus son épaule. « Essaie plutôt : “Quand la colère trouvait une autre issue, on sortait moins souvent les couteaux.” »

Il y réfléchit, puis l’écrivit.

Maeril tapota la page du bout de l’ongle.

« Mieux.

— C’est moins précis.

— C’est plus juste. »

Parfois, elle avait raison et cela l’irritait. Parfois, c’était lui. L’agacement passait ; la meilleure phrase restait.


Un soir, Maeril posa enfin la question qu’elle retenait depuis le début.

La nuit tombée, ils étaient assis dans la hutte. Au-dehors, le pont s’était apaisé ; au-dessus d’eux, le faucon dormait.

Le cahier reposait ouvert entre leurs tasses. L’encre séchait encore sur certaines lignes. La page de titre, enfin recopiée au propre, portait ces mots :

Aux seuils de la Porte de Baldur : une étude des blessures et des chemins de guérison aux marges d’une cité

Maeril suivit les lettres du doigt sans toucher l’encre fraîche.

« Tu crois que c’est de la miséricorde ? »

Rishi releva les yeux.

« Le livre ?

— Oui. »

La voix de Maeril était rauque. Derrière sa chaise, sa queue ne bougeait plus.

« Ce livre ne pansera aucune blessure, poursuivit-elle. Il ne nourrira personne demain. Il n’arrêtera pas la lame d’un homme du Poing enflammé si un imbécile décide qu’un enfant affamé mérite de mourir.

— Non. »

En répondant, Rishi sentit sa poitrine se serrer.

Maeril hocha la tête, une fois, trop vite.

« D’accord. »

Elle baissa les yeux avant même d’avoir fini de parler, puis se mit à lisser du pouce un pli imaginaire au bord de la page.

Rishi comprit. Maeril doutait encore que leur travail en vaille la peine. Pas lui.

« Mais si quelqu’un lit ce livre et consacre son argent à l’eau potable plutôt qu’à une nouvelle statue, reprit-il avec plus de précaution, cela empêchera peut-être une fièvre de se propager avant même que nous en entendions parler. »

Maeril releva les yeux. Il n’y vit pas encore de l’espoir, mais elle l’écoutait.

« Si un prêtre d’une autre ville le lit et installe des lits avant de dresser des icônes, quelqu’un pourra dormir au lieu de recevoir un sermon. »

Maeril retint un sourire.

« Si un érudit comprend que la faim suit des routes, quelqu’un pourra peut-être intervenir avant le premier coup de lame. »

Le pouce de Maeril s’immobilisa sur la page.

Rishi contempla les taches, les ratures et les mots de Maeril glissés entre les siens.

« Et si personne ne change rien, ajouta-t-il plus bas, ce que nous savons ne disparaîtra pas avec nous. »

Maeril ne répondit pas tout de suite.

Le feu se tassa. Une braise se fendit doucement dans l’âtre.

Enfin, elle s’adossa à sa chaise et laissa échapper un long souffle.

« C’est agaçant, comme c’est beau », dit-elle.

Elle avait voulu se montrer sévère, mais sa voix l’avait trahie.

Rishi inclina la tête. « Toutes mes excuses. »

Un sourire effleura les lèvres de Maeril, puis s’effaça.

« Alors, ce livre n’est pas seulement le prix à payer pour entrer à Château-Suif.

— Non.

— Qu’est-ce que c’est ? »

Rishi posa la main près du cahier.

« Une porte. »

Le regard de Maeril glissa vers les lanières de cuir et les rangées de perles suspendues à l’entrée. Elles oscillaient doucement dans l’air nocturne.

« Une porte », répéta-t-elle.

Le coin de sa bouche se releva, mais son regard demeura attentif.

« Ça te ressemble. Tu as toujours l’air plus à l’aise sur un seuil qu’au milieu d’une pièce.

— Une porte ne guérit personne, dit-il. Mais elle ouvre le passage. »

Maeril soutint son regard. Cette fois, Rishi ne baissa pas les yeux.

« Et toi, qu’est-ce que tu choisis ? »

Plusieurs réponses se pressèrent en lui. Aucune ne lui paraissait encore assez sûre pour être formulée.

Château-Suif. La route. Maeril à ses côtés. Un ouvrage né de leurs mains. Et, par-delà la Halle, un horizon qu’il n’avait encore jamais envisagé.

Derrière tout cela, une pensée plus complexe prit forme.

La miséricorde n’exigeait peut-être pas qu’il s’enracine au même endroit pour toujours.

Elle n’exigeait peut-être pas non plus qu’il devienne un mur de plus, utile tant qu’il tenait debout et invisible aux yeux de ceux qui s’appuyaient sur lui.

Rishi n’était pas prêt à exprimer tout cela. Il lui donna seulement la réponse qu’il se sentait déjà capable d’assumer.

« Un pas à la fois. »

Maeril l’observa assez longtemps pour comprendre qu’il taisait le reste. Puis elle hocha la tête.

« Bien. Un pas, c’est raisonnable. Plusieurs, ça devient un voyage, et là, certains se mettent à faire de grands discours. »

Rishi laissa échapper un rire.

Le cahier demeura ouvert entre eux, encore inachevé, tandis que l’encre du titre finissait de sécher.


En route vers la Halle des Lanternes, cette nuit-là, Rishi ne vit plus la ville de la même manière.

La faim avait ses routes. L’eau manquait toujours dans les mêmes rues. Les corps s’écartaient devant les uniformes. À certains endroits, quelqu’un pouvait intervenir avant que la violence n’éclate.

Le pont s’étendait derrière lui. La Halle l’attendait devant.

Château-Suif se trouvait au-delà de l’un comme de l’autre. Ce n’était plus seulement une forteresse lointaine : une route tracée à l’encre l’y conduisait désormais. Une promesse que personne n’avait encore bénie.

Le cahier était resté sur la table de Maeril, mais Rishi emportait leur travail avec lui.

La lumière de la Halle brillait à travers la brume du fleuve.

Il aimait cette lumière.

C’était là toute la difficulté.

Il aimait les couchettes et les prières régulières d’Elisa à l’aube. Il aimait la miséricorde sans grands mots qui habitait chaque chaise réparée, chaque linge plié, chaque bol tendu à quelqu’un qui ne pouvait pas payer. Il aimait ce lieu parce qu’entre ses murs, ses mains avaient appris qu’elles pouvaient bâtir aussi bien qu’encaisser les coups.

À présent, ces mêmes mains commençaient à bâtir quelque chose qui le conduisait ailleurs.

Pas pour toujours.

Mais ailleurs tout de même.

Arrivé sur le seuil de la Halle, Rishi s’arrêta, une main posée sur la porte.

Derrière lui, quelque part dans l’obscurité, se trouvait la hutte sans porte de Maeril. Leurs pages séchaient sur la table sous le faucon endormi.

À l’intérieur, des corps épuisés respiraient dans l’ombre.

Rishi ouvrit la porte sans bruit et entra.

Les mots qu’il devait encore trouver ne seraient pas pour le livre.