Livre 3 · Partie 2 · Chapitre 6
Représailles infernales
Le témoignage conservé ici est tiré d’un essai contrôlé organisé après qu’un contributeur eut soutenu que la magie de riposte était « au moins honnête », puisqu’elle ne faisait que répondre à une blessure.
On lui ordonna de frapper l’incantateur avec une matraque rembourrée.
Il s’exécuta sans difficulté.
Ce fut le début de son objection.
Compte rendu d’Orentha Vale
Le contributeur frappa le premier.
Il convient de s’en souvenir.
Sa matraque rembourrée atteignit franchement l’épaule de l’incantateur : un bruit mat, banal, dans une salle aménagée à cet effet. Des lignes à la craie. Des témoins. Un guérisseur, les bras croisés. Un incantateur qui avait accepté, par écrit, de ne pas aller au-delà du sort convenu.
L’espace d’un souffle, le contributeur parut satisfait.
Puis la blessure répondit.
Le feu ne vint pas de l’incantateur. Aucune flamme ne traversa la salle. Aucune étincelle ne bondit d’une main à l’autre.
Le feu vert apparut autour du contributeur, comme si le coup qu’il venait de porter avait ouvert une porte sous sa peau.
Il remonta aussitôt le long de son corps.
Non comme une flamme ordinaire, qui cherche du combustible et dévore ce qu’elle trouve. Ce feu-là disposait déjà de son argument. Il savait qui il venait chercher. Il enserra le poignet qui avait tenu la matraque, remonta le bras en veines infernales d’un éclat vif et atteignit la poitrine avant que la dignité ne puisse battre en retraite.
Son manteau ne brûla pas.
Son corps, si.
Il poussa un cri que j’ai entendu chez des soldats, des duellistes, des voleurs, des prêtres et, une fois, chez un érudit convaincu qu’un coffre piégé respecterait ses titres.
Le contributeur lâcha la matraque.
Cela ne lui fut d’aucun secours.
Le coup avait déjà été porté. La réponse avait déjà trouvé sa cible.
Il faut reconnaître à l’incantateur qu’il ne sourit pas.
Je le consigne, car la retenue, après avoir mis le feu à quelqu’un, mérite d’être signalée lorsqu’elle se manifeste.
Quand on lui demanda ce qu’il avait ressenti, le contributeur répondit : « Je l’ai frappé. »
Ce n’était pas une réponse à la question.
C’était cependant le propos le plus exact prononcé dans la salle.
Le corps apprend, trop tard, que la conséquence l’attendait au cœur même du contact.
Note de Selanka
Cette pratique est populaire chez ceux qui pensent que la douleur devrait recevoir une réponse prompte et dûment consignée.
Les lecteurs doivent noter que le sort ne punit pas l’intention. Il répond aux dommages infligés. Cette distinction nous a valu du courrier de la part de duellistes, de magistrats, de théologiens, d’occultistes et d’au moins un aubergiste qui souhaitait savoir si jeter une chaise comptait comme un « contact dommageable » dès lors que la chaise lui appartenait.
J’ai refusé d’arbitrer la question du mobilier.
Dans la pratique, la leçon est simple : ne partez pas du principe que frapper le premier, c’est frapper sans danger.
Bien des aventuriers nourrissent une dangereuse confiance dans la clarté morale de leurs propres armes. Ils croient qu’un coup porté pour une bonne raison devrait rester un simple coup. La magie de riposte ne se laisse pas émouvoir par une telle assurance. Si la blessure que vous causez ouvre une porte au sort, la réponse peut arriver avant même que le regret ait fini de prendre forme.
Plusieurs correspondants ont demandé si des représailles pouvaient répondre à d’autres représailles.
Si votre compagnie en est arrivée à ordonner sa théologie par combustions successives, partez.
Ce sort n’est pas le feu le plus dévastateur que l’on rencontre couramment dans la magie hostile. Il ne satisfera pas les lecteurs qui ne mesurent le danger qu’à la superficie brûlée ou aux murs noircis.
C’est une autre erreur.
Un petit feu porté sous le bon angle moral peut changer le cours d’un duel, briser une charge, faire taire une fanfaronnade ou apprendre à une personne violente que certains corps répondent vite lorsqu’on leur fait du mal.
Si ce sort vous frappe, vérifiez d’abord que vous ne brûlez plus. Puis vérifiez si l’incantateur est toujours prêt à vous répondre.
Alors seulement pourrez-vous décider si porter un nouveau coup relève du courage, de la nécessité ou d’une demande de complément d’instruction.