Livre 3 · Partie 1 · Chapitre 1

Introduction

Ce volume n’est pas l’original de L’Art d’être frappé.

Je place cette précision en premier, car les lecteurs précédents ont fait preuve d’une conviction tenace : les avertissements sont écrits pour les autres.

L’artefact original demeure derrière les Portes d’Émeraude, à Château-Suif, protégé par des sceaux, placé sous surveillance et soumis à des restrictions dont la liste complète n’est pas reproduite ici. Il renferme des impressions actives consignées dans des pierres sensorielles. La présente Édition de l’Aventurier ne conserve que les témoignages écrits. Elle ne peut reproduire ces expériences.

Il ne s’agit pas d’un grimoire. Ce n’est pas un manuel de magie de combat. Il ne préserve pas le triomphe de celui qui lance le sort.

Il traite du corps qui reçoit : la peau avant les flammes, la mâchoire avant le tonnerre, le premier dérèglement d’un ordre qui pénètre la volonté, et l’instant où la force se rassemble dans l’air avant que le corps soit projeté.

Un sort est souvent décrit par ceux qui le lancent. Ces récits ont de la valeur. Ils sont également incomplets. La cible connaît une autre vérité. La personne frappée par la magie en perçoit l’arrivée dans le souffle, l’équilibre, la pensée, la chaleur, la peur, la douleur, la beauté, la pression ou l’absence.

Orentha Vale a préservé l’impact.

Cette édition demande donc ce qu’il est possible d’apprendre avant que l’impact ne survienne.

Elle propose par conséquent une petite sélection facile à emporter parmi les témoignages écrits compilés par Orentha Vale, Témoin de l’Impact, assortis de notes destinées aux lecteurs susceptibles d’affronter une magie hostile sur les routes, dans des ruines, dans des tavernes, lors d’embuscades, au cours de contrats mal négociés, ou en compagnie de magiciens qui leur assurent que « tout devrait bien se passer ».

J’ai choisi huit témoignages : assez pour commencer, pas assez pour satisfaire quiconque possède une plume et une objection.

J’ai également pris la liberté de les organiser pour la lecture plutôt que pour l’indexation. Un catalogue en bonne et due forme les classerait par cercle, école, provenance, type de blessure, ou quelque autre vertu chère aux érudits et fatale à l’élan du récit. Les aventuriers possèdent bien des qualités admirables. Une attention soutenue n’en fait pas toujours partie.

Certaines omissions ont été douloureuses. Fou rire de Tasha, Barbes argentées et Épine mentale méritaient tous trois qu’on s’y attarde, qu’on s’en plaigne et, peut-être, qu’on les contienne.

Ils ne figurent pas ici.

Un livre destiné aux aventuriers doit être assez petit pour être copié, assez bon marché pour être perdu et assez clair pour être lu avant que le prochain coffre ne tente de dévorer quelqu’un.